LE CINÉMA FRANÇAIS: DIVERSITÉ ET FINANCEMENT

1. "L' EXCEPTION CULTURELLE"

ORIGINES

  • L'expression "exception culturelle" est née après la deuxième guerre mondiale au moment où les accords du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, en français: Accord GÉnéral sur les TArifs douaniers et le Commerce >Agétac) sont signés le 30 Octobre 1947.
  • Il s'agit d'un accord de libre-échange entre 23 pays pour favoriser le développement du commerce international et faire baisser les prix pour les consommateurs.
  • Il existait dans l'accord de 1947 des clauses qui permettaient d'augmenter les droits de douane pour les pays qui souhaitaient protéger leur culture et promouvoir leurs propres artistes, dans le domaine du cinéma.
  • Aujourd'hui, l'expression "exception culturelle" est souvent comprise comme la protection d'un seul domaine artistique, celui du cinéma, car, en 1947, de nombreux pays voulaient protéger leur culture vis-à-vis du cinéma hollywoodien de plus en plus envahissant.
  • À partir de 1960, les Etats-Unis ont commencé à remettre en cause le principe de "l'exception culturelle" considérant que seulement le cinéma était concerné, mais pas la télévision.
  • Chaque fois que ces accords sont renégociés, les Etats-Unis font pression pour y inclure la culture et de nombreux pays, dont la France, continuent à refuser que la culture soit un produit commercialisable comme les autres. 
  • En juin 2013, des accords de libre-échange ont été renégociés entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Encore une fois, la France s'est opposée avec virulence à tout compromis dans le domaine culturel.
  • Cette position est souvent critiquée et récemment le président de la commission européenne, José Manuel Barroso, a qualifié cette attitude de "réactionnaire"...
  • L'expression "exception culturelle" semble un peu élitiste et prétentieuse et il serait peut-être mieux de parler de "promotion de la diversité culturelle."


DÉFINITION (BFMTV -- Juin 2013)




Transcription

L'exception culturelle, c'est une façon de protéger le savoir-faire européen en matière de culture, permettre à chaque pays de promouvoir sa musique, son cinéma, son audiovisuel et empêcher les Etats-Unis d'inonder encore un peu plus le territoire européen avec leurs créations.

Pour cela, des règles sont appliquées. Par exemple, aujourd'hui en Europe, les chaînes de télévision doivent diffuser au moins 50% de productions "made in Europe", que ce soit des films, des séries, de la musique ou bien des émissions, une manière de protéger les 6,7 millions d'emplois en Europe, directement liés au domaine culturel.

En France, l'exception culturelle est encore plus sacrée que dans n'importe quel autre pays et les règles sont encore plus strictes qu'ailleurs: subventions, allégements fiscaux, mais surtout quotas de diffusions. Chaque chaîne de télévision doit par exemple investir 3,2% de son chiffre d'affaires pour aider à la production de films français ou bien européens. Il y a aussi des quotas de diffusions: 60% des programmes doivent ainsi être des oeuvres européennes, dont 40% rien qu'en langue française. Enfin, il y a des quotas à la radio également: 40% des chansons diffusées doivent être crées ou bien interprétées par des francophones, dont 20% par des nouveaux talents.



POURQUOI FAUT-IL PROTÉGER LA CULTURE?


Le Grand Journal (Canal Plus)
Jean-Michel Jarre (Juin 2013) -- Extraits

1.


Transcription
Michel Denisot: C'est quoi l'exception culturelle et ça sert à quoi?
Jean-Michel Jarre: Alors, l'exception culturelle, d'abord c'est un terme qui est un peu ambigu. On devrait parler plutôt de l'exception des diversités culturelles ou l'exception de la culture par rapport aux autres secteurs économiques, puisqu'on parle économie, de la... de nos sociétés. Effectivement, récemment, on a été tous très choqués, Français et Européens, d'entendre Monsieur Barroso (président de la commission européenne) nous traiter tous de réactionnaires, particulièrement les Français et les artistes français, puisque dans un deuxième temps, il a dit d'ailleurs qu'il ne s'adressait pas au gouvernement mais plutôt à nous. Donc, on avait envie de lui dire...
Michel Denisot: Et votre réponse à Barroso, votre réponse personnelle, c'est...?
Jean-Michel Jarre: Ben, c'est de lui dire qu'il doit réviser ses livres d'histoire parce que les réactionnaires sont en général ceux qui fragilisent la culture et comme le disait Marx, les réactionnaires sont ceux qui font marcher la roue de l'histoire à l'envers et c'est ce qu'il est en train de faire. C'est-à-dire qu'il confond deux choses Monsieur Barroso, il confond la globalisation, terme qu'il utilise d'ailleurs un peu à tort et à travers et l'universalité. La globalisation, c'est finalement MacDonald's ou Coca-Cola, c'est-à-dire le fait d'essayer d'être... de standardiser le goût et d'être finalement comestibles et digestibles par tout le monde. L'universalité, c'est creuser dans son jardin, comme disait Voltaire, pour en tirer à partir de son terroir et de ses racines des images, des mots, des sons qui nous appartiennent mais qui en même temps peuvent être compris et ressentis par un petit chinois, par un petit brésilien, par un petit américain.


2.

Transcription
Jean-Michel Jarre: C'est exactement la même chose pour la culture. C'est un problème qui est un problème global. En un mot, l'exception culturelle, c'est aussi... c'est pas seulement le problème des Français. C'est pas le problème éventuellement d'artistes assis sur leur sac d'or. Je vous donnerai un exemple. Si vous prenez les pays... les communautés aborigènes, les communautés mauri des îles Fiji dont on pille... dont le monde de la pub, le monde la mode pille les dessins, les graphismes pour... sans le savoir... sous prétexte qu'il n'y a pas d'auteur, il n'y a pas de répercussion économique, c'est tout ça.
C'est-à-dire que la réponse face à des gens comme Google et par rapport aux Etats-Unis en particulier, c'est que je crois qu'il faut se lever contre cette avidité constante pour le contenu gratuit qui assèche et qui assoiffe la créativité mondiale. Et c'est la raison pour laquelle il faut que tous les artistes, pas seulement les musiciens ou les gens de cinéma, les photographes, vous, les médias, vous êtes dans le même bateau, c'est la même chose.
Michel Denisot: Vous êtes suivis par d'autres pays ou pas?
Jean-Michel Jarre: Et bien écoutez, on est suivis par... Moi, j'ai pris à Washington la semaine dernière la présidence de la CISAC qui est en fait la Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs (et Compositeurs) pas seulement sur le plan musical mais de toutes disciplines artistiques confondues et effectivement (il) y a tous les pays, tous les pays sont absolument derrière nous. J'étais la semaine dernière à Hollywood, des gens comme Bret Easton Ellis, Steven Spielberg à Cannes récemment, tous les artistes et créateurs parlent de l'exception de la culture et donc il faut arrêter de penser que c'est un problème français et effectivement ça arrange beaucoup le parlement européen et notamment les Etats-Unis.


2. FINANCEMENT DU CINÉMA FRANÇAIS


  • Pour promouvoir le cinéma français et encourager la créativité artistique, l'État propose des aides financières. Par exemple le C.N.C. (Centre National du Cinéma) offre de nombreuses subventions pour aider les premiers films et les films indépendants.
  • Ce système de bourses montre un détachement total face à la rentabilité du cinéma français. Par exemple, en 2005, 162 films français ont été produits et seulement 12% de ces films étaient rentables, c'est-à-dire que ces 162 films ont coûté 872 millions d'euros et ont rapporté seulement 563 millions d'euros. L'industrie du cinéma français est donc, par sa nature, déficitaire.
  • Deux types de films existent donc en France, ceux à gros budget et qui sont projetés dans un maximum de salles de cinéma en France et ceux à petit budget dont la visibilité (et donc la rentabilité) est très limitée.

"Les acteurs français sont-ils trop payés?"
Décembre 2012 (La nouvelle Edition, Canal Plus)



  • Mathieu Kassovitz, fils de Peter Kassovitz réalisateur avec un certain succès, est lui-même un acteur et un réalisateur. Il a notamment réalisé "La Haine" en 1995, un film qui a remporté le prix de la mise en scène au Festival de Cannes la même année.
  • Kassovitz est connu pour sa franchise sur Twitter ou bien pour son refus d'aller aux cérémonies des Césars (l'équivalent des Oscars). 
  • Il explique donc ici la relation financière qui existe en France entre la télévision et le cinéma. Les producteurs ont besoin de noms d'acteurs reconnus pour obtenir le financement des chaînes pour la réalisation d'un film (producers need to have well known actors in order to obtain financing from the TV channels). 
  • Pourquoi? Car les chaînes veulent pouvoir négocier les meilleurs tarifs publicitaires (because the channels want to negotiate the best advertising contracts) quand le film passera à la télévision--sur les chaînes qui ont participé au financement du film, bien-sûr.
  • C'est un cercle vicieux qui fait que les acteurs français très connus et demandés sont très bien payés car leur statut permet d'attirer un maximum de spectateurs et de sponsors publicitaires.