J-L. GODARD ET FRANÇOIS TRUFFAUT
VIDÉO Nº1:
François Truffaut explique la Nouvelle Vague (1980)
Transcription
Anne Sinclair: La Nouvelle Vague, c'était Godard, Chabrol, Resnais, Louis Malle, vous, quelques autres aussi
François Truffaut: Oui, Rivette, Rohmer, oui.
Anne Sinclair: Alors, qu'est-ce que c'était, est-ce que c'était vraiment une tentative de révolutionner un cinéma qui était un peu empoussiéré?
François Truffaut: Non, non, c'était un groupe comme tous les groupes, il en existe aussi en peinture, en littérature, mais là, c'était un groupe sans programme, c'était un groupe simplement qui était partisan de rajeunir un peu le cinéma, peut-être..., enfin il n'y avait pas de programme esthétique commun, il y avait peut-être l'idée de faire des films plus personnels parce que les films étaient arrivés à un certain anonymat quand même. Un producteur achetait très cher les droits d'un roman célèbre, il achetait très cher le travail de deux scénaristes qui faisaient une adaptation, plus ou moins, qui transformait le roman en pièce de théâtre et puis après, le producteur partait à la recherche d'un metteur en scène et le tout donnait des films que nous trouvions anonymes et qui souvent trahissaient d'ailleurs le livre original. Nous, nous étions pour faire des films où le metteur en scène s'exprimerait plus directement et où les films, au fond, ressembleraient un peu à des premiers romans, vous savez, c'était aussi quand même l'époque de Françoise Sagan, euh, je crois qu'il y avait un...
Anne Sinclair: Aussi, des films plus près de la vie, avec des dialogues moins écrits, avec moins de décors, avec pas de vedettes...
François Truffaut: Aussi, et puis à l'époque, nous étions en noir et blanc, donc nous voulions quitter le studio, tourner dans les vrais appartements, suivre davantage un personnage, ne pas penser que on doit avoir des vedettes et derrière des seconds rôles comiques ou ridicules... Vous voyez, ne pas faire, comment dirais-je, une inégalité de traitement sur les personnages. C'est un peu une volonté démocratique ce que je dis mais il y avait un peu de ça, il y avait l'idée... C'était assez antipathique dans le cinéma, il y avait la vedette qui était prestigieuse et il y avait le second rôle qui disait des bêtises. Moi, je trouvais que les vedettes, au fond, devraient pouvoir dire des bêtises et qu'un second rôle devrait pouvoir être prestigieux.
Anne Sinclair: C'était une intention, ça s'est pas tellement passé dans les faits...
François Truffaut: C'était un point de vue moral, un point de vue moral auquel je crois encore aujourd'hui d'ailleurs.
VIDÉO Nº2: "Un désir de montrer que tout était permis"
Jean-Luc Godard (date inconnue)
!le son est très faible! Utilisez des écouteurs.
Transcription
"Ce qu'il y a difficile dans le cinéma, c'est qu'il y a une énorme somme d'argent investi dans un temps assez court et qu'on n'a pas le droit de se tromper, en principe. Si on a fait un mauvais plan, on peut le recommencer une fois mais on ne peut pas le recommencer 50 fois et encore, si c'est un plan très compliqué avec 200 figurants, avec Gretta Garbo ou Marylin Monroe, et bien ça on ne peut pas le recommencer, s'il est raté, il est raté. Or, ce que je voulais me permettre, c'est le ratage, au contraire, pour garder ce que j'estimais le meilleur et de me permettre, si je tourne un film en un mois, de rater des choses pendant 29 jours si il faut et le 30ème de tourner tout ce qu'il y a de bon.
On ne fait pas un gros plan avec un grand angulaire, bon et bien on va le faire. On ne fait pas de travelling à la main, bon et bien on va le faire.
Et ça correspondait pour moi à un désir de faire... de montrer que tout était permis, puisque dans le cinéma français, c'était finalement un régime d'inquisition, de cellules et de compartimentages où vraiment il fallait... c'était vraiment très difficile de pénétrer avant 40 ans."
2. DEUX FILMS EMBLÉMATIQUES
*LES 400 COUPS (1959) de TRUFFAUT
Bande annonce
Scène très connue des 400 coups:
"Antoine répond aux questions d'une psychologue."
Explications de Jean-Pierre Léaud (1959)
Transcription
-Est-ce que vous aviez l'impression, vous, en tournant cette scène qui est une confession d'un enfant de quatorze ans, treize ans, que vous faisiez quelque chose de mal?
-Non, non. J'avais pas du tout cette impression, j'avais l'impression, au contraire, que les gens devaient savoir ce que c'était qu'un enfant qui a quatorze ans et que c'était très bien montré dans le film et que tous les enfants sont comme ça à cet âge-là.
-Et vous, ça ne vous paraît pas du tout différent de la vérité... vous n'avez pas eu à vous forcer?
-Non,non, absolument pas.
-Comment est-ce que cette scène a été tourné? On vous interroge et vous répondez avec beaucoup de naturel. Est-ce qu'on vous avait écrit des mots?
-On ne m'avait pas écrit les mots. Truffaut m'avait prévenu déjà un mois à l'avance. Il m'avait dit que il fallait que cette scène soit la meilleure du film, alors il m'avait prévenu un mois à l'avance pour que je me fasse bien à cette idée. Et le jour où on a tourné cette scène, il m'a dit... il me posait des questions et je devais répondre absolument ce que je voulais. Et au commencement, ça a pas très bien "gazé" (marché), alors il m'a donné les idées, certaines idées principales sur lesquels, à ce moment-là, j'ai "brodé" (développé) et j'ai dit ce que j'avais à dire, quoi."
*PIERROT LE FOU (1965) de GODARD
Bande annonce
Une scène illustrant bien l'esprit du film
Explication de Jean-Luc Godard
"C'est un film sur la peinture, enfin pas sur la peinture, mais qui est, je crois, un film qui ressemble... qui est plus un tableau, qui est plus un paysage comme en font les peintres ou un portrait, à la fois un paysage et un portrait."