JEAN RENOIR ET SON INFLUENCE

Le célèbre peintre impressionniste, Pierre-Auguste Renoir, père de Jean, dans son atelier en 1915, quatre ans avant sa mort.





 
1. Jean Renoir (1894-1979)
Quelques éléments biographiques
  • Jean Renoir est le deuxième fils du célèbre peintre, Pierre-Auguste Renoir. 
  • Il a grandi dans un milieu bourgeois et aisé. Sa façon de parler, fort et avec franchise, combinée à un accent des classes populaires donnent l'impression qu'il vient d'un milieu modeste, mais ce n'est évidemment pas le cas. 
  • Après des études médiocres, il obtient de justesse son baccalauréat et décide en 1913 de s'engager dans l'armée.
  • Il sera blessé en 1915 à la jambe et devra quitter le front. Pendant sa convalescence, il s'intéresse au cinéma américain et notamment à Charlie Chaplin dont il admire les mise-en-scènes.
  • Ses expériences vécues pendant la première guerre mondiale seront à l'origine d'un de ses chefs-d'oeuvre, "La grande Illusion," qu'il réalisera en 1937.
  • Jean Renoir, auteur prolifique, commence à réaliser des films dès 1924, mais le succès va mettre longtemps à arriver, vers 1937 quand il aura déjà 43 ans.
  • À partir de 1934, influencé par les idées politiques de sa compagne de l'époque, Jean Renoir s'intéresse au sort des classes sociales les plus défavorisées et fera de nombreux films traitant de thèmes chers au Front populaire (alliance politique de tous les partis de gauche) qui est élu en 1936.
  • Il va notamment accepter une commande du Parti communiste "La vie est à nous" qui sera réalisé justement pour la campagne électorale de 1936 mais présenté au grand public seulement en 1969.
  • En 1939, juste avant la deuxième guerre mondiale, Jean Renoir réalise le film pour lequel il est admiré dans le monde entier: "La règle du jeu" qui a été détesté par la plupart des critiques de l'époque. Il s'agit d'un portrait décadent et provocateur de la haute-bourgeoisie française des années 30 dans lequel Jean Renoir joue le rôle de "Octave". Selon François Truffaut, "La règle du jeu" est "le credo des cinéphiles, le film des films."
  • En 1940, Jean Renoir quitte l'Europe pour les Etats-Unis et reviendra en France en 1949 mais ses films n'auront pas autant de succès que ceux de la fin des années 30. Il va aussi travailler brièvement avec la télévision.
  • Atteint de la maladie de Parkinson, Renoir va se consacrer à l'écriture de différentes autobiographies et mémoires, la plus connue étant "Ma vie et mes films" publiée en 1974.
  • Jean Renoir meurt à Beverly Hills en 1979. Il est l'un des rares artistes français à avoir son étoile sur le "Hollywood Walk of Fame" à Los Angeles. Il a reçu en 1975 un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre.


2. Réflexions sur le cinéma et l'art
Entretien avec Jacques Rivette (1966)--Extraits

"L'imitation de la nature ne peut créer que la fin d'un art." 
1.

Transcription

Je me demande si le fait que aux époques primitives tout objet, même pas un objet d'art, était beau. Car enfin, il y a quand même une question troublante... Nous regardons des poteries, je ne sais pas étrusques, anciennes, elles sont toutes belles! Tout de même, on ne va pas me faire croire que tous les potiers étrusques avaient du génie alors comment se fait-il que, brusquement, lorsque la technique est primitive, tout est beau et lorsque la technique est perfectionnée, presque tout est laid sauf ce qui est le fait d'artistes suffisamment géniaux pour dominer la technique! Alors, c'est tout de même une question assez troublante... 
Alors, je me demande en ce moment-ci, n'est-ce pas, si, puisque nous nous parlons de l'art du spectacle, c'est ça qui nous intéresse... je me demande si notre marche vers la technique n'est pas tout simplement l'annonciateur de la décadence complète. D'abord, écoutez, la perfection technique ne peut créer que l'ennui puisqu'elle n'est que la reproduction de la nature. Admettez que nous arrivions au cinéma à donner l'impression parfaite d'une forêt, nous aurons des arbres avec l'épaisseur de l'écorce, nous aurons des écrans encore plus grands, des écrans qui feront le tour du spectateur et nous serons vraiment au milieu de la forêt. Nous pourrons toucher les troncs d'arbre, nous respirerons l'odeur de la forêt, il y aura des machines automatiques qui dispenseront des parfums imitant l'odeur de la mousse... 
Alors, vous savez ce qui arrivera? Il arrivera qu'on prendra une Vespa et qu'on ira dans une vraie forêt, qu'on ira plus au cinéma. Pourquoi foutre voulez-vous allez s'embêter dans une salle de spectacle quand on peut avoir le vrai? Donc l'imitation de la nature ne peut créer que la fin d'un art.


"Les Français gardent le sens de ce qui ne s'explique pas."
2.

Transcription
En France, nous avons une chose qui nous reste alors que ça ne reste pas beaucoup dans les autres nations. Ça a l'air d'une blague, ça semble inférieur, moi je (ne) trouve pas que c'est inférieur, je suis très fier que nous ayons ça, c'est la cuisine. 
Les Français gardent le sens de la cuisine. Les Français gardent le sens artistique de l'assaisonnement, de la quantité d'herbes, de la quantité de cuisson, c'est... enfin gardent le sens de ce qui ne s'explique pas... alors que la technique peut tout expliquer. La technique donne des solutions parfaites et logiques à tout. 
Le véritable cuisinier ne procède pas techniquement, il procède instinctivement et il procède avec les sens.



3. Jean Renoir, sociologue...

  • L'engagement politique de Jean Renoir, à partir de 1934, semble avoir considérablement influencé ses films dans lesquels il est toujours question de classes sociales et de leurs interactions les unes avec les autres. Un centre d'intérêt qui a certainement beaucoup influencé le cinéma français d'hier et d'aujourd'hui.
  • "La vie est à nous" (1936), "La grande illusion" (1937) et "La règle du jeu" (1939) sont de très bons exemples, pour ne citer qu'eux, de ce cinéma quelque peu sociologique, comme les extraits et les bandes annonces suivants l'illustrent.


"La vie est à nous" (1936) 
Commande du Parti Communiste pour sa campagne.
Extraits d'un discours de Paul Vaillant-Couturier (journaliste communiste)


Transcription
Nous, communistes, voulons arracher à la misère et à l'inquiétude les masses laborieuses. Victimes de la guerre, ancien combattants, camarades des tranchées, nous luttons pour la défense de vos droits! Nous ne voulons pas payer avec nos pensions après avoir payé avec notre peau.
Jeunes gens, nous luttons pour que cesse pour vous le malheur d'être jeunes.
Travailleurs, nous luttons pour toutes les revendications des masses laborieuses de France.
Nous voulons faire pour elles (les revendications) quelque chose tout de suite. Pour cela, un seul moyen: faire payer les riches!


"La grande illusion" (1937) 
Bande annonce



Extraits: "Le Fouquet's..."




Transcription
-Très correct ce Cognac!
-C'est le barman du Fouquet's qui me l'a envoyé dans une bouteille d'eau dentifrice.
-Du Fouquet's?
-Oh, c'est un bar, Champs-Elysées à Paris.
-Moi, quand j'allais à Paris, je prenais mes repas chez mon beau frère. C'est moins cher que le restaurant.
-Moi, je vais jamais dans ces coins-là, Fouquet's, Maxim's ... J'aime mieux un bon petit bistrot...
-Un peu de poulet?
-Oui, s'il vous plaît. ... où il y a du bon pinard (argot pour vin).
-Maxim's? Je (ne) connais pas non plus, moi...
-Oh...ben, tu perds rien...
-Ouais, on le sait que tu bouffes chez ton beau-frère! Frère Jacques, Frère Jacques, dormez-vous?!
-Oh, c'est d'une vulgarité...


"La règle du jeu" (1939) 
Bande annonce