ANCRER LE CINÉMA DANS LA VIE ET DANS LE RÉEL


  • Une des marques de fabrique du cinéma français est l'importance du réalisme et notamment du silence. 
  • Et un des reproches formulés concernant le cinéma français d'auteur est la lenteur narrative et l'ennui que peuvent provoquer chez un spectateur non averti de longues scènes sans beaucoup d'action.
  • Ce type de cinéma se veut justement très proche de la vraie vie où malheureusement l'ennui est souvent présent et la musique absente, mais l'ennui est aussi source de pensées créatives et d'ingéniosité (pour plus d'informations sur ce sujet, lisez cet ARTICLE)
  • C'est donc une technique qui oblige le spectateur à réfléchir et à être très attentif et très en phase avec les sentiments évoqués par le film, expérience qui peut parfois être angoissante dans certains cas...
  • Dans la majorité des films français qui ont été acclamés par les critiques depuis à peu près 20 ans, cette tendance semble se confirmer.
  • Les deux vidéos suivantes offrent quelques éléments de réponse et de réflexion sur ce thème.

VIDÉO Nº 1: LA MISÈRE DES AUTRES...
JACQUES SÉGUÉLA (2013)

Contexte
Jacques Séguéla, célèbre publicitaire français et friand de sondages ou "d'enquêtes d'opinion" analyse la tendance des Français à être pessimistes (la France est le pays qui consomme le plus d'antidépresseurs au monde).



Transcription
"Le pessimisme est un mal français que nous partageons tous et dont nous devons nous soigner, mais c'est dû à notre fond français: un esprit critique donc un esprit qui doute et dès que les choses vont mal, on doute beaucoup plus que les autres pays du monde.
Deuxièmement, on a un esprit libertaire, c'est (19)68, et qui dit libertaire, dit égoïste. Il y a cette blague de Coluche (grand humoriste français) qui illustre ça. Coluche est le long d'une rivière et il y a un homme qui se noie et qui crie "HELP! HELP! HELP!" et Coluche lui dit: "Mais espèce d'imbécile, au lieu d'apprendre l'anglais, il fallait apprendre à nager."
Le Français moyen, c'est ça. 
D'ailleurs, il y a un sondage très extraordinaire, après je ne vous embête plus avec les sondages, on a posé deux questions aux Français. 
Première question, il y a 6 mois: Êtes-vous heureux de votre vie? Réponse: 82% OUI, alors qu'on dit que le moral des ménages est en baisse, que le moral des patrons est en baisse, que le moral des humoristes est en baisse, etcetera, bon.
Deuxième question: Pensez-vous que votre voisin est heureux dans sa vie? Réponse: NON à 72%. Donc, c'est "métro, boulot, schizo", on est complètement schizophrènes!
Ça veut dire que l'on a le bonheur égoïste mais que l'on a la déprime collégiale.

VIDÉO Nº 2: 
LA CULTURE DU "ET MAINTENANT, TU ES SAUVÉ!"
SELON L'ACTEUR BENOîT POELVOORDE (2013)



Transcription
Benoît Poelvoorde: Dans les films, même dans les plus grands films américains, si vous dites "Je vais soigner un chagrin amoureux", ça dure 37 secondes sur de la musique un peu rythmée, pourvu que le titre soit à la mode. Mais dans la vie, non! On "se fait chier", dans la vie. C'est-à-dire que plus on élèvera les gens en leur disant que le temps est raccourci, plus ils n'arriveront plus à vivre des instants qui sont essentiels à la douleur, à la vie, à l'expérience qu'on leur enlève parce qu'on est élevé dans une culture du "Et maintenant tu es sauvé!" Alors que c'est faux, c'est-à-dire que le vide, le temps, est devenu une forme de luxe presque d'intelligence, c'est à dire... Vous comprenez ce que je veux dire ou pas?
Frédéric Taddeï: Mais je comprends très bien.
Benoît Poelvoorde: J'essaye de me débarrasser d'un certain public! Il va rester les trois pauvres types qui n'ont pas la télécommande à l'hôpital et qui se disent: "Faites taire ce connard!"

LE BRUIT DE LA VIE, CET AUTRE PERSONNAGE...

"LA HAINE" DE MATHIEU KASSOVITZ (1995)




"CODE INCONNU" DE MICHAEL HAENEKE (2000)




"L'EMPLOI DU TEMPS" DE LAURENT CANTET (2001)





"LE FILS" DES FRÈRES DARDENNE (2005)


Transcription
-"Rosetta" de Luc et Jean-Pierre Dardenne!
-C'était le 23 mai 1999, les frères Dardenne remportaient la première palme d'or pour le cinéma belge. Une surprise sur la croisette mais la récompense allait à un film réaliste et fort consacré au monde du travail.
Trois ans après, Luc Dardenne, l'homme en noir et Jean-Pierre, l'homme en blanc sont revenus à Cannes pour présenter leur cinquième long métrage. Les deux cinéastes wallons se sont, cette fois, penché sur le destin d'un homme, professeur dans un centre de formation qui retrouve par hasard un adolescent qui, cinq ans plus tôt, a brisé sa vie de père.
(Extrait)
Olivier Gourmet: "La première pulsion et instinct du personnage, c'est de le voir, de voir son visage, à quoi il ressemble et petit à petit ça se construit. une fois qu'il a vu, il passe à autre chose. Il faut qu'il l'approche, il faut qu'il le sente. C'est un peu comme un animal qui observe un autre animal, qui voit si on peut vivre dans le même périmètre, si c'est possible, pas possible et je crois qu'il ne pense pas du tout à se venger."
Luc Dardenne: "Notre idée était de voir comment un être humain, Olivier, allait se comporter dans cette situation extrême. Et de voir comment ce désir, cette tentation du meurtre, comment il allait oui ou non y résister."